Nitrates et algues

 

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Source : AUJOURD’HUI  28/09/2008

EN  FRANCE
Bretagne

Et si les algues vertes pouvaient tuer...

Plestin-les-Grêves (Côtes-d'Armor)
De notre correspondant :

 

 

 

 

 

  
PLESTIN-LES-GREVES (COTES-D'ARMOR), HIER. Claude Lesné, du CNRS, est formel, les algues vertes en se décomposant dégagent de l'hydrogène sulfuré, (LP/Yves Pouchard.)

LA PRÉFECTURE et la Ddass des Côtes-d'Armor ont eu beau se démener pour nier le fait, la mort subite et simultanée de deux chiens, de 13 kg et 25 kg, le 12 juillet dernier au milieu des algues vertes envahissant la plage de Granville à Million, est en train de prendre une tournure inquiétante. Face à une salle comble à Plestin-les-Grèves vendredi soir, le docteur Claude Lesné, du CNRS, spécialiste des voies respiratoires, a été clair : «Ces chiens sont morts après avoir respiré du sulfure d'hydrogène (NDLR : aussi appelé hydrogène sulfuré) émanant des algues vertes.»
Le médecin a montré comment les voies respiratoires et le cerveau étaient atteints par l'inhalation de ce gaz. « Les muqueuses deviennent bleues et on note un oedème pulmonaire entraînant la mort, ce que les observations du vétérinaire puis les autopsies des deux chiens ont révélé chez ces animaux ne souffrant d'aucune autre maladie. Le communiqué de dénégation de la préfecture relève du folklore ! » 

 «Je suis resté cinq jours dans le coma »

 Avec un communiqué expliquant que « la mort par sulfure d'hydrogène ne peut survenir qu'à dose létale », c'est-à-dire... mortelle, l'administration a fini par hypothéquer sa crédibilité. « Les analyses de l'air réalisées à distance des dépôts d'algues vertes sont certes en dessous des normes, mais déjà élevés, ce qui aurait suffi à s'interroger, poursuit le docteur Lesné. Le sulfure d'hydrogène est un gaz lourd qui stagne juste au-dessus de sa zone d'émission, là où on n'a pas fait de sondage. »
Confirmation des employés au ramassage sur les plages. Quand les tas d'algues vertes sont remués pour être chargés dans des camions pour embellir les plages pour les touristes, beaucoup souffrent de brûlures aux yeux ou aux poumons. L'appel à témoignage lancé par l'as­sociation Sauvegarde du Trégor a porté ses fruits. Une personne est venue raconter comment, en 1989, elle avait retrouvé un joggeur mort dans un dépôt d'algues vertes. La presse locale avait à l'époque relaté l'hypothèse des médecins d'une asphyxie par les gaz.
Conducteur de tractopelle, Maurice Brifault, alerté par l'histoire des chiens, a, lui, décidé de sortir de son silence : en 1999, il s'est affalé sur son volant alors qu'il chargeait des camions d'algues vertes sur la plage de Saint-Michel-en-Grèves. « Par chance, deux infirmières faisant un jogging m'ont vu et ont appelé les secours. Je suis resté cinq jours dans le coma. » Le médecin du travail, qui ne reconnaîtra pas l'atteinte par les algues vertes, l'obligera à porter à l'avenir un masque. Sa cabine est, depuis, équipée d'une alerte au gaz toxique.
A ses côtés, le docteur Philippe, médecin urgentiste qui l'a sauvé, confirme : « Tout bleu, il avait tous les symptômes d'une intoxication au sulfure d'hydrogène. J'ai fait une déclaration à la Ddass qui a transmis au centre antipoison de Rennes. Celui-ci a fini, après mon insistance, à dire qu'il ne pouvait donner de conclusions. » Le docteur Lesné est clair : « Ceux qui s'abritent derrière une volonté de ne pas affoler les gens sont des irresponsables. Les algues vertes peuvent tuer. »

Yves Pouchard

 

Les nitrates en accusation

La plage de Granville de Hillion n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était il y a trente ans. Cet été, le record d'algues vertes y a été battu : plus de 10 000 t ramassées sur juillet-août et des odeurs pestilentielles idéales pour rebuter les touristes. Hillion, à l'est de la baie de Saint-Brieuc, est la «capitale » de cette pollution apparue pour la première fois en 1970 sur la plage de Plestin-les-Grèves et causée par les nitrates provenant des élevages de porcs et du lisier. Hillion est maintenant une commune sinistrée. Le prix des maisons en bord de mer s'est écroulé tandis que les hôtels fermaient les uns après les autres.
Aujourd'hui, une large part des baies de Bretagne est atteinte, de Plouescat dans le Nord-Finistère à Douarnenez ou Concameau dans le Sud-Finistère. Condamnée par l'Europe, la France bénéficie d'un sursis jusqu'en 2009 pour revenir à des taux de nitrates normaux. Il y a un an, le tribunal administratif de Rennes a reconnu l'entière responsabilité de l'Etat dans la pollution pour avoir autorisé des élevages non conformes. Ce qui n'a pas empêché les préfets des Côtes-d'Armor et d'Ille-er-Vilaine d'autoriser des extensions d'élevages et d'épandages de lisier. 

Y.P.

 

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Dernière mise à jour le : 20 août 2010.