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La Roche et Rendeux Province de Luxembourg Wallonie Documents divers Test Achats n°516 Janvier 2008 CONSOMMATION DE VIANDE Un lourd impact écologique Par I.Convié et E.Deltenre Aujourd'hui, manger de la viande n'est plus un luxe... pour la plupart d'entre nous, mais sa production, en croissance constante, pèse très lourd sur l'environnement. Si l'on veut préserver ce dernier - en même temps que notre santé d'ailleurs -, il faudra bien, un jour en manger moins. Explications.
Avec l'explosion de la demande et de l'offre alimentaire ces 50 dernières années, la viande, plus accessible financièrement, est devenue l'une des composantes essentielles de notre alimentation. En Belgique, nous en consommons désormais plus de 100 kg par personne et par an en moyenne, ce qui nous place dans les pays de tête en Europe. Soit près de 280 g par jour. Et nous ne sommes pas les seuls, dans le monde, à avoir augmenté notre consommation. Les zones les plus pauvres de la planète sont encore loin de nous égaler en ce domaine, mais la demande y a plus que triplé en 35 ans (de 10 kg en 1964 à 36 kg/personne/an en 1999). Et personne ne peut encore dire quelle sera l'évolution dans des pays émergents comme l'Inde ou la Chine. Pour répondre à la demande, éleveurs et industriels ont modifié leurs habitudes de production et sont entrés dans une logique de développement intensif: un minimum d'espace, avec un roulement le plus rapide possible pour un maximum de rendement. Bœufs, porcs, volailles sont donc élevés dans d'énormes hangars mécanisés, climatisés et sont nourris d'aliments composés accélérant l'engraissement. Un poulet qui, élevé de manière traditionnelle mettait 4 ou 5 mois avant d'arriver sur le marché est aujourd'hui prêt à être plumé en 6 semaines. Un porc qui atteignait, en 1850, péniblement les 80 kg en 24 mois, offre aujourd'hui ses 110 kg sur la balance en 7 mois ! La viande est ainsi plus abondante. Une aubaine ? Pour nous sûrement. Moins pour l'environnement. La FAO (Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation) va jusqu'à dire aujourd'hui que l'élevage (pour la production de viande, de produits laitiers et d'œufs) est l'une des causes principales des problèmes d'environnement les plus pressants, tels que le réchauffement de la planète, la dégradation des terres, la pollution de l'atmosphère et des eaux et la perte de biodiversité. Auxquels on peut ajouter les problèmes liés aux changements sociaux induits par la concentration des élevages et les besoins en cultures fourragères.
1. Réchauffement et pollution de l'air : du CO2 et beaucoup de méthane
II y a,
bien sur, l'énorme consommation d'énergie liée à l'ampleur des infrastructures
et de la mécanisation, tant au niveau de l'élevage que pour l'abattage,
l'équarrissage, la transformation et la distribution Mais l'élevage émet
aussi, par nature, certains gaz à effets de serre spécifiques. Le secteur de
l'élevage aurait émis en 2006, au niveau mondial, à lui seul, davantage de gaz
à effet de serre que le transport pourtant pointé du doigt comme grand
responsable du changement climatique. 18 % des émissions totales de gaz a effet de serre; 9% des émissions totales de CO2; 37 % des émissions totales de méthane; 65 % des émissions totales d'hémioxyde d’azote (venant notamment de la dégradation du fumier et du lisier).
Autre facteur de consommation d'énergie et de pollution : le transport. La concentration du bétail dans de grandes exploitations, parfois éloignées de zones agricoles pouvant fournir l'alimentation et absorber une partie de leurs déchets (lisiers, purins pour amender les terres) entraîne de longs et fréquents déplacements. Sans compter le transport des viandes Importées. Pourquoi acheter du bœuf argentin alors que l'on en produit chez nous ? En faisant faire des milliers de kilomètres à la viande, on alourdit encore son "poids" environnemental.
La viande biologique, c’est mieux ? En principe, la réglementation européenne concernant l'élevage biologique est plus stricte en matière de protection de l'environnement que celle qui concerne les élevages intensifs. Cela dit, même biologique, toute production de viande reste gourmande en eau, en alimentation, en énergie... et produit les mêmes déchets (avec moins de résidus d'engrais et d'antibiotiques, c'est vrai) et gaz à effet de serre. Ce n'est donc pas forcément sur ces plans-là que le bio peut apporter une plus-value. Cette dernière se joue surtout au niveau de la qualité de l'alimentation du bétail, sur le fait que les petites exploitations familiales sont maintenues, que les élevages extensifs privilégient les races rustiques et respectent mieux la croissance naturelle de l'animal et que ce dernier bénéficie, en outre, d'un plus grand confort de vie. Mais ne nous leurrons pas. Nourrir l'ensemble de la population avec de la viande issue de producteurs locaux et biologiques n'est guère envisageable si la demande se maintient au niveau actuel. 2. Monopolisation des terres agricoles : que restera-t-il pour l'homme ?
L'élevage
intensif nécessite une grande quantité d'aliments a laquelle ne peut répondre
qu'une agriculture intensive à haut rendement avec ce que cela peut entraîner
comme abus de pesticides et d'engrais, voire d'introduction de cultures
génétiquement modifiées. L'élevage en lui même concentre un grand nombre de
têtes de bétail sur une petite surface, mais la quantité de terres agricoles
nécessaire à leur alimentation est gigantesque. Selon la PAO, 33 % des terres
cultivées mondiales sont déjà dévolues à la seule alimentation des animaux
d'élevage et si l'on y ajoute les pâturages, on atteint les 78 % des terres
agricoles mondiales. Frappant aussi : 90 % de la production de soja mondiale
n'est destinée qu'à alimenter le bétail! Et si les Chinois se mettaient à
manger autant de viande que les Occidentaux, leurs élevages absorberaient la
moitié de la production mondiale de céréales. En Europe, 75 % environ de la
production agricole est dévolue à l'alimentation animale, et ce n'est pas
suffisant puisque nous Importons encore massivement pour nourrir le bétail.
La production d'1 kg de boeuf...
Occupe une
surface agricole pouvant donner jusqu'à 160 kg de pommes de terre
3. Pollution des terres et des eaux L'élevage est l'une des plus grandes sources de polluants de l'eau selon la FAO. En cause, les fumiers et lisiers, ainsi que les engrais de synthèse et pesticides utilisés pour la culture fourragère. Le tout entraîne une pollution importante du sol, mais aussi des eaux d'écoulement et des nappes phréatiques par les nitrates et autres phosphates. Des mesures ont été prises en Europe et en Belgique pour tenter de limiter ce problème (protection des zones de captage, par exemple). Autrefois, les fumiers et lisiers étaient épandus sur les terres agricoles pour les amender. Aujourd'hui, fermes maraîchères et entreprises d'élevage ne sont plus forcément couplés et la quantité de déchets liés à l'élevage est telle qu'il est difficile de l'absorber via l'agriculture. Paradoxalement, on continue, par ailleurs, à épandre des engrais de synthèse pour la culture.
4. Perte de biodiversité L'orientation de l'élevage vers la rentabilité entraîne une sélection toujours plus pointue des races et la disparition de certaines d'entre elles. Selon la FAO, pas moins de 190 races d'animaux d'exploitation pour l'alimentation ont déjà disparu. Or, les races sélectionnées pour produire beaucoup de viande sont souvent moins résistantes aux maladies.
Dans notre pays, les années 70 ont vu les exploitations familiales traditionnelles se concentrer et s'industrialiser. Des regroupements et des investissements gigantesques se sont révélés nécessaires pour suivre la cadence et la chute des prix imposées, laissant au passage des milliers d'agriculteurs-éleveurs sur la touche. Et la demande en viande des pays occidentaux a également un impact sur la qualité de vie des populations de pays en développement, où l'on privilégie les cultures fourragères destinées à l'exportation aux dépens des cultures destinées à l'alimentation des populations locales.
6. Bien-être animal Dans les élevages intensifs, les conditions de vie sont encore trop souvent inadaptées : manque de place, maladies et blessures, mutilations (ex. : bec des volailles coupés, animaux castrés...), angoisse et stress chronique, surcharge pondérale (certaines races de volailles, par ex., choisies pour leur propension à "faire" de la viande sur la poitrine sont engraissées de telle manière qu'elles ne tiennent plus sur leurs pattes), etc. Les plus mal lotis sont les porcs et les volailles. UN PREMIER PAS : MANGER MOINS DE VIANDE L'intensification de l'élevage est inévitable si l'on veut permettre à l'ensemble de la population mondiale d'accéder à cette source importante de protéines. Il n'empêche que des actions peuvent être entreprises pour limiter tant que faire se peut les impacts sur l'environnement: traitement adéquat des eaux usées et des déchets, utilisation d'énergies renouvelables pour limiter les gaz à effet de serre, promotion de pratiques plus respectueuses (alimentation de production si possible locale, élevage d'espèces autochtones, par ex.), etc. Et au niveau personnel, en manger moins, alterner les apports entre viandes différentes (dans l'ordre, l'impact du bœuf est nettement plus important que celui du porc qui, lui même, est plus important que celui de la volaille, qui elle-même dépasse la pression environnementale des fruits, légumes, céréales...) et opter pour une production régionale, par ex. En diminuant notre consommation de viande (100 à 150 g par jour, y compris les charcuterie, sont suffisants pour un adulte) et en variant les apports entre viandes plus grasses et plus maigres, nous limitons une part des graisses saturées et du cholestérol dans notre alimentation. PLUS D'INFO Rapport de la FAO, « Livestock's long shadow » et « Gestion des interactions environnement-élevage (2006) » peuvent être téléchargés sur le site de la FAO : www.fao.org (en français, anglais et espagnol uniquement).
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