Dossier porcs et volaille

 

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L’Avenir du Luxembourg 18/10/07

 DOSSIER :

 « Le poulet labélisé, c’est le poulet du dimanche »

(Jean-Pierre Champagne, Secrétaire général de la FWA)

99% des projets porcins ou avicoles développés en Wallonie viennent de Flandre.

En six semaines, on vous fait un poulet !

Le cochon, c'est pour les Flamands

L’élevage de poulets ou de porcs est et reste une activité flamande. La plupart des Wallons qui s’y engagent le font sous leur contrôle.

• Charly DODET

II n'y a rien à faire : le poulet comme le cochon, ce sont des productions flamandes! Les éleveurs du nord sont les maîtres incontestables de ces élevages industriels depuis bien longtemps et, de ce fait, ils maîtrisent d'énormes débouchés.

Un vrai monopole

Si l'on compare les projets wallons réellement portés par des Wallons et ceux suscités par des Flamands à l'étroit chez eux, on se rend compte que 99 % des projets développés chez nous le sont grâce aux Flamands. Car on en est là : les spéculations avicole et porcine sont quasi des monopoles flamands. Pour une production de 6.318.000 porcs en Belgique en 2005, 5.950.000 sont produits en Flandre, 360.000 en Wallonie. La proportion est identique pour les poulets : 35,5 millions de volailles en Belgique en 2005, dont 30.380.000 en Flandre et 5.200.000 en Wallonie. Même si les Wallons élèvent aujourd'hui cinq fois plus de volailles qu'en 1990, ces 20 % ont encore quelque chose de dérisoire. Les Flamands connaissent bien les spéculations, ils savent où se trouvent les bons produits, ils connaissent les risques... Quand un Wallon fait son choix, tout est prêt, il n'a plus qu'à signer son contrat! 

Pas l'affaire des Wallons 

«La Wallonie n'a jamais aimé se spécialiser dans le cochon, explique Jean-Pierre Champagne, le Secrétaire général de la FWA (Fédération wallonne de l'Agriculture). Historiquement, on n'a pas l'industrie du porc; actuellement, ceux qui essaient de s'installer, c'est pour complémenter un revenu. Mais c'est un métier a risque : supposons que vous ayez un élevage de 20.000 poulets; si la température dans le poulailler augmente de 3 à 4 degrés, la mortalité, en plein été, peut être énorme! On a donc tout intérêt de s'encadrer au mieux».
Alors, le fermier achète ses jeunes poulets chez les éleveurs qu'on lui recommande et il endosse les risques; en contrepartie, il a la garantie de pouvoir les vendre, six semaines plus tard, au prix du marché du jour.

"On ne fera plus de l'agriculture, à terme, que comme cela », regrette, fataliste, le secrétaire général de la FWA. L'agriculteur doit investir énormément, puis il doit amortir son investissement...

Effet de la mondialisation, l'agriculture se transforme de plus en plus en un métier de mercenaire, où le plaisir du travail bien fait passe à l'arrière-plan d'une incontournable rentabilité grappillée par petits revenus successifs.

Peu d'intérêt politique

Quel soutien les agriculteurs wallons peuvent-ils espérer? Mardi, au Parlement wallon, Monika Dethier-Neumann (Écolo) a regretté que la Région wallonne ne dispose d'aucun cadre politique  général  en  matière d'agriculture. «De plus, dit-elle, la réalité de terrain atteste du peu de volonté de développer un cadre efficace à une politique d'encadrement et de développement des filières de qualité. Et le secteur de la transformation reste marginal». Benoît Lutgen conteste, affirme avoir lui-même créé un cadre. «Tout agriculteur connaît ses droits et ses obligations», dit-il. Il concède qu'il doit encore fixer les conditions sectorielles liées au porc et à la volaille. Bref, pour le porc et la volaille, tout reste donc bien à faire. Et les fermiers qui veulent créer un poulailler ou une porcherie sont assurés de continuer à subir d'insoutenables pressions...


Beaucoup de magasins ont réagi et boycottent à présent les œufs de poules élevées en batterie

Du jambon d'Ardenne au poulet du dimanche

Quand vous faites vos courses dans votre supermarché, comment procédez-vous? Épluchez-vous l'emballage pour déceler la provenance du pâté de foie? Regardez-vous si le poulet que vous vous apprêtez à choisir vient de Bresse, du Kentucky ou de Houffalize?

Un moyen parmi d'autres de s'y retrouver : les labels. Label rouge, Poulet de Bresse, Poulet d'Ardenne... (Si, si, cela existe!). Mais un poulet labélisé coûte souvent nettement plus cher qu'un «poulet standard» :
«On fait un poulet qui court, un poulet d'Ardenne, deux fois sur une année: le poulet industriel à 1,5 kg ou 2kg se fait en six semaines! Mais ce n'est pas le même produit», note M. Champagne. «Le poulet industriel, c'est la bouffe de tous les jours, celui qu'on va chercher parce qu'on n'a pas beaucoup de temps devant soi, tandis que le labellisé, c'est le poulet du dimanche!»

En Wallonie, la firme transformatrice par excellence, c'est Detry. Une gamme d'autres sociétés occupent les différents terroirs avec des débouchés souvent très locaux pour les saucissons, boudins à l'échalote, pâtés régionaux, etc..

Le jambon d'Ardenne, lui, a depuis longtemps dépassé nos frontières. Protégé par une norme européenne, on a la garantie qu'il est produit en Ardenne, mais pas nécessairement à partir de porcs ardennais...

Sur les marchés étrangers et dans les grandes foires, l'Awex est chargé de valoriser nos produits et le pôle de compétitivité agro-alimentaire (Wagralim). Avec l'Apaq-W (agence wallonne pour la promotion d'une agriculture de qualité) puisque l'Office des produits wallons n'a politiquement plus la cote. C’est cela aussi, la Wallonie. 

Un poulet qui court, c'est le prix d'un steak

Des élevages industriels rejetés par les riverains, des marges bénéficiaires dérisoires, l'image négative d'une agriculture wallonne.

Élevages de volailles et porcheries industrielles ont une très mauvaise image en Wallonie ! Dès qu'un agriculteur ou un jeune entrepreneur lance -souvent pour diversifier son activité - un projet de poulailler ou de porcherie, tout le voisinage s'y oppose. Comme pour bien d'autres sujets, systématiquement, le réflexe «nimby» joue. Pourtant, chacun aime savourer un bon carré de porc aux fines herbes ou un poulet dodu cuit à la broche!

Mais l'homme est ainsi fait, il n'aime pas être dérangé dans son petit environnement. Ajoutons à cela la tendance « écolo » qui s'oppose volontiers à des productions de taille importante. Dans le monde agricole, on est très conscient de cette mauvaise image. Ce n'est pas par hasard d'ailleurs que, ce mercredi 17 octobre, à Gembloux, le Centre wallon de Recherches agronomiques consacrait sa septième journée des productions porcines et avicoles aux problèmes de l'image et de la communication. Son constat est double : associations et comités de riverains s'organisent pour lutter contre l'implantation de bâtiments d'élevage, et les produits régionaux sont peu présents dans les rayons des supermarchés...

Pourtant, comme l'explique le secrétaire général de la FWA, «il faut être réaliste, les marges bénéficiaires ne sont pas énormes. En particulier dans le secteur de la volaille, on travaille avec des marges très petites. Si l'on ne gagne pas sur le nombre, on a beau nous parler de poulets artisanaux, la rentabilité n'y est pas. Et pour faire un poulet fermier, il faut beaucoup plus de temps que pour un poulet industriel. Dans ces conditions, le poulet coûte aussi cher que de la viande de bœuf».

A jongler avec des conditions d'exploitation draconiennes et des marges marginales, le fermier wallon fait-il le bon choix?.


Lancez un projet
en Wallonie, et demain, vous attraperez plein de Schtroumpfs grognons autour.
 

VITE DIT

Le must
. Rien de tel que les produits d'Aubel ! Duc d’Ardennes, pâté d’Aubel, jambon cœur d’Aubel, boudin fuseau, terrine Halloween… La firme aubeloise est réputée comme la première transformatrice de viandes charcuteries et salaisons de Wallonie. Ses produits sont appétissants. Il n'y a pas à dire, c'est un créneau que les Wallons pourraient plus largement développer

Lisier. La Flandre, depuis des années, connaît de gros problèmes avec ses excédants de lisier. Un décret a d'ailleurs contraint les fermiers à réduire de 25% leurs effluents, et des aides ont décidé certains producteurs à abandonner le secteur. C'est pourquoi un fermier flamand est tout heureux quand il peut acheter une ferme en Wallonie: cela lui donne la possibilité de poursuivre des activités qui lui sont de plus en plus inaccessibles en Flandre.

Affaire de jambon.

Le jambon d'Ardenne est-il produit en Ardenne ? Il doit être fumé en Ardenne; le produit fini doit donc venir d'Ardenne, comme le jambon de Parme doit venir de Parme. Les Flamands sont de gros exportateurs de jambon vers l'Italie et l'on raconte que notre jambon y devient vite du jambon de Parme. Et comme le jambon d'Ardenne ne doit pas nécessairement venir d'un porc ardennais...

 

 

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Dernière mise à jour le : 03 mars 2011.