|
|
|
|
Plein Champ 5/02/09
L'agriculture de la Province du Luxembourg en débat....
A l'Invitation de la FWA, de la Chambre d'agriculture du Luxembourg et du DER, les représentants des partis wallons se sont présentés devant quelque deux cents agriculteurs de la Province la semaine passée à Libramont. Les élections du 7 Juin approchent et chaque parti était présent Mais le débat a beaucoup tenu du rituel pré-électoral, avec beaucoup d'engagements et de promesses. Les agriculteurs n'ont pas été dupes, réclamant du concret. D'urgence. Richard Cydzik Richard van Eetvelde, président de la Chambre d'agriculture du Luxembourg, rappelait opportunément pourquoi la crise frappe si gravement l'agriculture de la Province de Luxembourg. La plus grosse partie de celle-ci se trouve en zone d'herbage obligé, et les spéculations qui y sont liées, le lait et la viande sont touchées de plein fouet par des chutes dramatiques de rentabilité (prix en baisse vertigineuse, tendance inverse pour les coûts de production). Et si certains tentent de se diversifier vers des ateliers intensifs de porcs ou de volailles, ils sont dans la grande majorité des cas bloqués - soit politiquement, soit par des recours de riverains. Dans ces conditions, le monde politique doit être placé devant ses responsabilités: un pan entier de l'économie, de la société et de l'environnement luxembourgeois sont clairement menacés d'effondrement en cas de poursuite des tendances actuelles.
Ont répondu
à l'invitation conjointe de la FWA, de la Chambre d'agriculture et du DER de la
Province: le Ministre Courard pour le PS, le député Jean-Pierre Dardenne pour le
MR, Mme Dewart pour Ecolo et le député wallon Dimitri Fourny pour le cdH.
L'assemblée a vivement déploré l'absence du Ministre Lutgen, lequel aurait
pourtant été à la fois sur ses terres et dans ses compétences devant les
agriculteurs luxembourgeois. Des obligations européennes avaient malheureusement
retenu le Ministre. Le poids des accords internationaux
Yves
Somville, Directeur du Service d'Etudes de la FWA, soulignait combien
l'agriculture européenne que nous avons connue entre 1960 et 1992 est
radicalement différente de celle d'aujourd'hui. A l'époque, grâce à un ingénieux
système de soutien par les prix («intervention») et de protection aux frontières
(prélèvements et restitutions), l'Europe se présentait comme une véritable
forteresse agricole. Les accords internationaux (Gatt-OMC) de 1994 ont conduit à
progressivement détricoter ce système, Et l'agriculture se trouve actuellement
soumise aux aléas du marché mondial. Nos Importations agricoles ont commencé
d'augmenter: une année symptomatique est à cet égard 2003: cette année-là, l'UE
est, pour la première fois depuis longtemps devenue Importatrice nette de
viande bovine. Et les propositions actuellement sur la table des négociations du
Cycle OMC dit de Dona («propositions Falconer») conduiraient à des importations
supplémentaires de 650.000 à 800.000 tonnes. Réduction des coûts, valorisation des produits
Au nom des
Verts, Mme Dewart affirma son attachement à diverses formes de régulation en
agriculture en particulier au niveau des quotas laitiers. En général, elle
plaide pour la souveraineté alimentaire, la relocalisation des productions et
des consommations dans les diverses régions du monde. Réfléchir sur le découplage des primes Le député Dimitri Fourny reconnut la pertinence des mises en garde formulées par Yves Somville quant aux négociations internationales. Il ne s'agit pas que l'agriculture serve de monnaie d'échange pour vendre nos airbus. En ce qui a trait à la viabilité des exploitations, il estime que des progrès substantiels peuvent encore être atteints au niveau de la gestion de l'exploitation, qui doit viser l'excellence. Le Luxembourg doit privilégier les aides les plus adaptées au secteur laitier et viandeux. Il appela les agriculteurs à la réflexion pour déterminer quel type de prime vache allaitante est la plus appropriée à l'intérêt de l'agriculture familiale non industrielle: couplage ou découplage ? Enfin, après avoir mis en évidence les augmentations budgétaires obtenues par le Ministre Lutgen pour l'agriculture depuis 2004, il admit que des «balbutiements» ont eu lieu au niveau du système qui a succédé à l'ancien FIA, AIDA d'abord, ISA aujourd'hui. Nous sommes à votre écoute, a-t-il déclaré à l'assemblée. Pertes exceptionnelles
Le député MR
Jean-Pierre Dardenne, au contraire, n'a pas le sentiment que l'actuelle
législature wallonne a vraiment voulu faire plus et mieux pour l'agriculture.
Par rapport à d'autres secteurs, celle-ci a constitué le parent pauvre. Or, elle
mérite mieux, si l'on ne prend en compte le «return» apporté par l'agriculture
aux plans social, environnemental et économique (emplois en amont et en aval). Premier et deuxième piliers
Pour le MR,
il convient de réalimenter à la fois le premier et le deuxième piliers de la PAC
(et non financer le second à l'aide de ponctions dans le premier). Le MR
considère que I agriculteur n'a jamais été une priorité pour le Gouvernement
wallon actuel: à preuve, aucune ligne ne figure à son sujet dans le Plan
Marshall. Elevages intensifs
Les
exploitations sont invitées à se diversifier mais dès lors qu'elles souhaitent
s'engager dans un atelier de porcs ou de volailles, elles sont bloquées à un
niveau ou à un autre.
C'est ainsi
qu'Ecolo soutient fermement PQA à Malmedy, où toute la filière est sous contrôle
et où les prix proposés aux producteurs sont à la fois plus stables et plus
intéressants. Les grands élevages industriels dont la plus-value est réalisée
dans d'autres régions ne doivent pas être encouragés. Des retombées économiques
locales sont indispensables. Ecolo invite à se lancer vers des productions bio,
puisque nous importons en Belgique, 80% de notre consommation bio. Parmi les questions-réponses A l'occasion du jeu de questions-réponses qui a eu lieu après les exposés, les différents intervenants ont eu l'occasion de revenir sur plusieurs points déjà soulevés. Epinglons en quelques uns.
Comment réagir au scandale que représente la paralysie de AIDA - aujourd'hui rebaptisé ISA - Comment rester indifférent au fait que le prix de la viande bovine augmente de 50% au consommateur et diminue dans le même temps de 15% au producteur? Pour Dimitri Fourny, il n'est pas normal que les agriculteurs soient les moins payés de la chaîne. L'une des pistes à explorer serait d'aider le monde agricole à mieux se structurer de manière à accroître son pouvoir de négociation. - Comment réagir au scandale que représente la paralysie de AIDA -aujourd'hui rebaptisé ISA ? Dimitri Fourny admet que trop de dossiers sont bloqués. Mais, le nouveau système demande à être bien rôdé avant d'être maîtrisé, notamment être compatible avec les normes européennes. (Dimitri Fourny s'est fait copieusement siffler lorsqu'il a déclaré que des délais d'attente existaient aussi dans l'ancien FIA...). Sur le même sujet, Jean-Pierre Dardenne est d'avis que les blocages ne sont pas le fait du budget ou des fonctionnaires, mais bien d'une réglementation mal conçue. - On peine à trouver de l'argent pour I’agriculture, mais on en a pour sauver les banques. Dardenne rappelle qu'il s'agit de l'argent public prêté, et qu'il l'est non pas pour sauver les banques, mais l'épargne qui se trouve dans ces banques. Contrairement à Dardenne, D fourny estime lui que les primes Pac ne devraient pas être taxées - Les produits importés ne sont pas soumis aux mêmes normes environnementales, qualitatives, etc. que les nôtres ! D Fbumy dénonce le «terrorisme administratif» de I’Afsca, qui aboutit à une dérive totale aboutissant à persécuter les agriculteurs. Dardenne considère que les contrôles sont nécessaires, mais que la manière de les effectuer doit changer. Courard estime pour sa part qu'il est plus facile pour I’Afsca de s'en prendre aux petites exploitations que de traquer des filières douteuses aux ramifications internationales. - A une question sur Natura 2000. Dimitry Fbumy a répondu que le souci du Ministre a toujours été de se concerter avec tous les interlocuteurs concernés.
|
|
|