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Province de Luxembourg

Implantation d’une maternité porcine à Papine 

 Arguments développés lors de la réunion du 2 mai 2007

 Dès l’annonce du projet d’implantation d’une maternité porcine, le groupe ADDES en Haute-Lesse (Association pour un Développement Durable et Sain) s’est réuni et après délibération avec les membres de son Conseil d’Administration souhaite vous communiquer ses remarques.

La population a été invitée  par le collège à la réunion d’aujourd’hui.

L’objet de cette réunion nous paraît manquer de précision.

Dans un paragraphe, il est mentionné « réunion de consultation » plus loin « réunion d’information ».

Pour examiner la pertinence et l’opportunité d’un tel projet, il aurait été souhaitable de pouvoir consulter, au moins, un avant- projet, ce qui ne fut pas le cas.

Quant au souci de nous informer, nous nous étonnons de voir tant de personnalités venir parrainer  ce type d’exploitation. Est-ce vraiment de l’information ou une pression exercée sur la population ?  Jamais un projet similaire n’a reçu un tel soutien des autorités. Il est vrai,  que si l’on se réfère à la réponse de Mr Collin suite à l’interpellation de Madame Dewart, le 26 janvier 2007 au Conseil provincial,  l’étude menée par  la Province, l’ULG, les Fusagx et Idélux a été en partie financée par le cabinet du Ministre Lutgen qui a confirmé l’octroi d’une aide de 28.000 euros, le solde étant partagé entre la Province et Idélux.

ADDES a déjà mené plusieurs combats environnementaux : une décharge de classe III proposée par l’ancien ministre Lutgen,  des poulaillers industriels à Anloy et à Villance. Chaque fois, après un laborieux  combat, les responsables politiques ou la justice ont jugé nos arguments fondés. Nous voudrions vous faire part de ceux qui nous semblent essentiels dans ce projet de Papine.

  1. Aspects  Économiques  :

     La  ferme de Papine jouit d’un cadre intéressant.
    Sa proximité avec une zone artisanale et le Space center lui octroie une valeur économique non négligeable. Il nous semble que le nombre d’emplois créés par une maternité porcine, par rapport à la superficie utile, sera insignifiant.
    Alors que des études récentes confirment que l’E 411 et son axe Bruxelles-Luxembourg deviendront à l’avenir un axe de développement économique important, ne serait-il pas judicieux de revoir son affectation au plan de secteur et attendre des propositions beaucoup plus intéressantes, même si la procédure peut être longue.
    Nous vous rappelons que lors de l’implantation du Space center, IDELUX a obtenu rapidement une modification de ce plan de secteur.
     
  1. DÉLOCALISATION  D’UNE  PARTIE  DE LA  FILIÈRE  PORCINE :

    Implanter cette maternité porcine à Libin signifie que la province de Luxembourg  décide de s’inscrire dans une filière porcine industrielle importante.
    C’est ce genre de décision qui a été prise depuis plusieurs années en Flandre et en Bretagne, notamment.  Qu’en est-il aujourd’hui ?
    Ces régions sont contraintes de limiter drastiquement leurs élevages par une fermeture d’un tiers des ateliers porcs suite aux directives européennes.
    Les cours d’eau sont chargés en nitrates et incommodent les riverains par les odeurs désagréables (circulez sur l’autoroute de la mer, vous pourrez le constater).
    Si les techniques de traitement des effluents sont aussi performantes –  comme on nous l’affirme –, nous ne comprenons pas pourquoi  une délocalisation se justifie en Ardenne qui a toujours pratiqué un élevage avec une forte liaison au sol, d’autant que d’un  point de vue agronomique, ce sont les zones céréalières et non les zones herbagères qui constitueraient l’environnement idéal d’implantation de ce type d’élevage. Accepter une maternité porcine de 4.000 truies, c’est promouvoir le développement de toute la filière d’engraissement en province de Luxembourg. Les bourgmestres de toutes les communes ont-ils été avertis ? Certains se sont déjà positionnés contre, (Melreux ), ils craignent par un effet cumulatif  des élevages de type industriel les risques d’épizooties  et s’inquiètent  de la menace de voir surgir de nouvelles crises comme celle de la dioxine, de la fièvre aphteuse, de la maladie de la vache folle, de la grippe aviaire ou de la fièvre catarrhale.
     
  1. retombÉes  Économiques :

    Quelles seront-elles ?
     Nous sommes persuadés que Libin offrira uniquement le terrain et quelques emplois d’ouvriers agricoles.
    La production des aliments, leur conditionnement, leur transport,  de même que l’abattage,  le traitement et la commercialisation de la viande des unités d’engraissement en aval nous échapperont.
     
  1. FAUX  LABEL :

    Le label « jambon d’Ardenne » constitue une imposture car ces porcs ne seront pas,  – comme cela se faisait traditionnellement  en Ardenne – nourris  avec de l’orge, des pommes de terre et du « petit lait » produits sur place ! Leur nourriture ne sera en rien liée à la culture locale.
     Lancer une spéculation porcine dans le Luxembourg nous semble aberrant  alors que la production est excédentaire au niveau national et tributaire des contraintes et fluctuation du marché européen.
     
  1. marchandisation  de la  nourriture :

     Nous dénonçons cette filière de type industriel qui va à l’encontre du développement durable et qui  consiste à produire de la nourriture standardisée et aseptisée.
    Cette marchandisation de la nourriture souhaitée par la grande distribution conduit à une société inéquitable. Elle tue les petites exploitations qui cherchent à mettre sur le marché un produit à haute valeur biologique et accentue les modes de consommation intenables à long terme.
     
  1. DÉVELOPPEMENT  DURABLE :

    L’organisation de ce type d’élevage va à l’encontre des préoccupations  mondiales en matière de réchauffement climatique.
    En effet, les transports d’aliments, celui des porcs et surtout celui du lisier à épandre ou à traiter, seront très importants.
    D’un point de vue énergétique, développer ce genre de transfert constant et de charroi, ajouté à la fabrication d’aliments, est de nos jours inconcevable alors qu’il nous faut absolument réduire notre production de Co2.
     
  1. ASPECTS  SANITAIRES :

     On sait qu’1 truie et 7 porcelets correspondent à 2 unités 5 porc / par an, et qu’ une truie correspond à 24 unités,6 à multiplier par 4.000 dans notre cas, le passage
    de près de 100.000 porcs en en seul lieu implique une charge médicamenteuse importante qui se retrouvera immanquablement dans la viande et dans les effluents.
    Cette charge nous interpelle quant à la gestion des effluents ou leur traitement avant épandage. D’autant plus que l’expérience locale nous a appris que les contrôles ne sont pas toujours scrupuleusement suivis, et que des sanctions ne seront probablement jamais prises.
     
  1. PROBLÉMATIQUE  DE  L’EAU :

     L’absence de liaison au sol, le problème des épandages représentent des griefs essentiels. Mais le plus important est l’approvisionnement en eau. La commune de Libin a fait le choix judicieux de rester autonome dans son approvisionnement et sa distribution en eau potable.
    Pour satisfaire au besoin de sa population et des élevages bovins de nos villages, elle doit entretenir de nombreux captages. Ajouter un nombre aussi impressionnant d’animaux nous obligera à perdre notre autonomie et notre qualité d’eau.
    Les nappes phréatiques étant  dispersées et superficielles sur le plateau Ardennais, nous subissons déjà des restrictions lors des périodes de canicule : devrons-nous partager avec les porcs ?
    Qui pourrait actuellement assurer que le creusement d’un puits sur la hauteur de Papine ne va pas mettre en péril le captage de Transinne ?

En plus, alors que le Contrat Rivière Haute-Lesse en est à ses balbutiements, la qualité des eaux de surface serait, à terme, dégradée – voire contaminée par des bactéries pathogènes – suite aux épandages importants à réaliser le plus près possible du site (car à moindre frais).

  1. SPÉCIFICITÉ   LOCALE :

     Rappelons que la Province de Luxembourg est un îlot de verdure au milieu des zones industrielles qui l’entourent.
    L’agriculture et l’élevage développés se basent sur des pratiques semi extensives.
    Les troupeaux en prairie sont une garantie de la qualité du bétail. Cette technique permet de conserver des paysages ruraux intacts, de plus en plus prisés par les touristes.
    Développer l’élevage intensif  et industriel en zone herbagère, c’est hypothéquer tout développement touristique et condamner l’Horeca à court terme : une commune qui affiche sur sa carte de visite de nombreuses unités de porcheries industrielles perd toute attractivité  touristique.
     
  1.  UN MARCHÉ  DE  DUPES :

    Que la firme Danis, retire de plantureux bénéfices de cette opération, nous indiffère.
    Nous nous réjouissons toutefois de leur prospérité, mais refusons sa délocalisation de la branche la plus polluante de ses activités. 
    Nous nous étonnons de voir que de nombreux résidents de notre région de la Haute-Lesse, venant de Flandre, nous aient si rapidement contactés pour manifester leur opposition à ce projet – une pétition circule entre-eux.
    Ils ont probablement déjà vécu certaines expériences « malodorantes »  et connaissent les ravages de l’élevage industrialisé ainsi que le cynisme des multinationales de l’agroalimentaire.
     
  1.  LES RESPONSABILITÉS   POLITIQUES :

    Pour terminer, nous voudrions nous adresser à vous Monsieur le Gouverneur et à vous nos responsables communaux.
    Ne nous croyez pas passéistes, nous sommes simplement vigilants pour  nous et pour nos enfants.
    Nous connaissons bien notre commune et nous sommes soucieux de son avenir. Il est vrai que Papine ne se trouve pas très près d’un village – nous ne succombons pas à l’effet Nimby –, mais c’est cette filière d’élevage intensif délocalisé qui guette tout le Luxembourg que nous condamnons. Nous ne sommes pas prêts à abandonner notre agriculture intégrée et nous sommes déterminés à faire entendre notre voix citoyenne.
    Nous savons que vous pouvez prendre des mesures plus contraignantes que celles que la législation impose. Nous comptons sur votre appui. Un tel programme de développement d’une filière porcine aurait dû être inscrit clairement dans les programmes électoraux pour que les citoyens le cautionnent ou le condamnent.
     
  1.  NOTRE   POSITION :

     Cette réunion était prévue par la loi et préalable à l’étude d’incidence. Nous sommes au regret de vous dire que nous n’entrons pas dans votre débat technique. Nous ne formulerons aucune suggestion sur ce projet nuisible et économiquement indéfendable pour notre commune et spécialement pour nos agriculteurs.
    Nous refusons toute implantation de ce genre à Papine  pour des raisons éthiques et vous suggérons d’y développer une activité compatible avec le Space center en respectant les préoccupations environnementales, paysagères et sociales de la population.
    Il faut réorienter la réflexion à propos de la zone de Papine si proche de l’autoroute et élaborer un plan de développement global intégré.
    Nous comptons bien utiliser toutes les formes légales mises à notre disposition pour combattre ce projet. ..........


Nous nous rallions au développement de filières porcines courtes prônées par la Région wallonne, au rang desquelles figure la filière courte liée au sol avec vente directe de la production.

  

Merci de réserver à notre intervention toute l’attention qu’elle mérite.

C’est une question de respect de la démocratie.

 

 

Province de Luxembourg

 

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Dernière mise à jour le : 20 août 2010.